Les difficultés du travail engagé : et si le bien-être n’était pas un luxe ?

On parle beaucoup de mal-être.

De fatigue, de surcharge, de santé mentale, de burn-out — et parfois de situations encore plus graves.

Et c’est normal : ces sujets sont bien réels, ils traversent de nombreux milieux professionnels, et particulièrement les milieux engagés comme l’agriculture, où les contraintes sont multiples, les responsabilités fortes, et les marges de manœuvre parfois limitées.

Mais au milieu de tout ça, il y a une question qu’on pose beaucoup moins souvent :

Et si on parlait aussi de bien-être… avant que ça aille mal ?

Le bien-être, ce n’est pas un bonus qu’on s’accorde quand tout va bien

Dans beaucoup de contextes professionnels, il y a cette idée, souvent implicite, que le bien-être viendrait “en plus”. Comme un luxe qu’on pourrait se permettre une fois que le reste est réglé : quand il y aura moins de pression, moins d’incertitudes, moins de contraintes.

Sauf que dans la réalité, les choses ne se passent pas comme ça.

Parce que ce “moment où ça ira mieux” n’arrive pas toujours.
Parce que les contraintes évoluent, mais ne disparaissent pas.
Parce que les imprévus font partie du quotidien.

Et surtout, parce que le bien-être ne fonctionne pas comme une récompense.

👉 Il ne vient pas après.
👉 Il soutient pendant.

Ce n’est pas une promesse de sérénité permanente, ni une manière d’éviter les difficultés, mais plutôt une base qui permet de tenir dans la durée, de continuer à décider, à s’adapter, à avancer, même quand le contexte est exigeant.

Ce qui nous épuise ne se résume pas à la charge de travail

Quand on parle d’épuisement, la première explication qui vient, c’est souvent celle de la charge de travail : trop de dossiers, trop de sollicitations, pas assez de temps.

Et bien sûr, cet aspect-là est réel et ne doit pas être minimisé.

Mais dans ce que j’observe en accompagnement, il y a un autre facteur, plus discret, et pourtant très impactant : la manière dont notre énergie est mobilisée au quotidien.

On peut passer une grande partie de notre temps à :

  • s’inquiéter pour des situations sur lesquelles on n’a pas de prise
  • anticiper des problèmes qui ne sont pas encore là
  • ruminer des échanges ou des décisions passées
  • essayer de tout contrôler, y compris ce qui échappe par nature à notre contrôle

Et tout cela consomme énormément de ressources, souvent sans produire d’effet concret.

Le biais de négativité : un fonctionnement normal… mais coûteux

Une partie de cette fatigue s’explique par un mécanisme très humain : le biais de négativité.
(J’avais déjà parlé des biais cognitifs ici, si tu veux en savoir plus).

Notre cerveau est naturellement attiré par ce qui ne va pas. Il repère plus vite les problèmes que les réussites, accorde plus de poids à une difficulté qu’à plusieurs éléments positifs, et a tendance à maintenir plus longtemps en mémoire ce qui a été perçu comme négatif.

Les recherches en psychologie montrent d’ailleurs que les expériences négatives ont un impact 3 à 5 fois plus fort que les expériences positives (notamment les travaux de Roy F. Baumeister et ses collègues sur le principe “Bad is stronger than good”).

biais de négativité

Concrètement, dans un quotidien déjà chargé, ce biais a des effets très visibles :

  • on termine sa journée avec l’impression que “rien n’a avancé”, même si plusieurs choses ont été faites
  • on focalise sur un point de tension au détriment de tout ce qui fonctionne
  • on n’arrive pas à ne pas penser à la réflexion désagréable de la collègue ou de la boulangère
  • on entretient une pression interne, parfois diffuse mais bien présente

Ce fonctionnement n’est ni un défaut, ni un problème à “corriger” totalement : il est normal.
En revanche, il peut être rééquilibré volontairement.

Une pratique très simple, issue des travaux en psychologie positive (notamment ceux de Martin Seligman), consiste à prendre quelques minutes chaque jour pour identifier :

  • 3 choses positives de la journée
  • 3 réussites, même petites
  • ou 3 éléments pour lesquels on peut ressentir une forme de satisfaction ou de fierté

Dit comme ça, ça peut paraître un peu… basique.
Voire un peu “bébête”.

Et en pratique, au début, ça demande souvent un effort :
👉 parce que notre cerveau n’est pas entraîné à aller chercher ces informations-là
👉 parce que le négatif vient plus spontanément

Mais plus on le fait, plus ça devient facile.
Et surtout, les effets sont réels.

Certaines études montrent que ce type d’exercice, pratiqué régulièrement, peut améliorer durablement le bien-être — avec des effets qui peuvent se prolonger jusqu’à 6 mois après la mise en place de l’habitude.

C’est simple, accessible, et ça ne coûte rien d’essayer.

Et dans des quotidiens déjà bien remplis, c’est parfois un levier plus puissant qu’il n’y paraît.

Zone d’action, zone hors action : remettre de la clarté dans là où l’on agit

Un autre levier important consiste à distinguer ce qui dépend de nous… ce que l’on peut influencer… et ce qui ne dépend pas de nous.
(J’en avais déjà d’ailleurs parlé ici).

Dans de nombreux contextes — et pas seulement en agriculture — une grande partie des éléments qui influencent notre travail échappent à notre contrôle direct :

  • la météo (évidemment côté agricole, mais aussi ses impacts indirects ailleurs)
  • les décisions politiques ou réglementaires
  • les évolutions de marché
  • les orientations stratégiques décidées “au-dessus”
  • les réactions, paroles, comportements ou décisions d’autres personnes (collègues, partenaires, clients… et même nos amis ou conjoint.e.s)

Ces éléments ont un impact réel, parfois majeur.
Mais individuellement, notre capacité d’action dessus est limitée.

À l’autre extrémité, il existe une zone plus restreinte, mais bien réelle, dans laquelle nous avons une prise directe :

  • nos décisions
  • notre organisation
  • notre manière de réagir à une situation, ce qu’on pense de cette situation
  • les limites que l’on pose
  • les actions concrètes que l’on choisit de mettre en place
zone impact hors impact

Entre les deux, il y a une troisième zone, la zone d’influence.

C’est tout ce sur quoi on ne décide pas seul… mais sur lequel on peut avoir un impact : faire passer un message, argumenter, proposer, contribuer à faire évoluer une décision. Et ça passe par exemple par son vote, une association ou un syndicat dans lequel on s’engage…


Le décalage apparaît souvent ici :

⇒ On consacre beaucoup d’énergie à la zone hors action (ce sur quoi on n’a pas de prise) : pensées, ruminations, se plaindre et râler souvent…
⇒ On sous-utilise la zone d’influence
⇒ Et on n’exploite pas toujours pleinement la zone d’action

Or, ce que l’on observe chez les personnes qui tiennent dans la durée, ce n’est pas qu’elles ont moins de contraintes.

C’est qu’elles font, progressivement, ce déplacement :

👉 moins d’énergie dépensée là où rien ne bouge
👉 plus d’énergie investie là où quelque chose peut réellement évoluer

Pas forcément pour tout changer.
Mais pour reprendre de la marge de manœuvre, là où elle existe réellement.

Des mécanismes présents bien au-delà de l’agriculture

Ces réflexions ont été abordées dans le cadre d’une conférence sur le bien-être en agriculture.

Mais elles ne sont en rien spécifiques à ce secteur.

Les mêmes mécanismes — biais de négativité, dispersion de l’énergie, difficulté à distinguer ce qui dépend de soi — se retrouvent dans de nombreux contextes :

  • dans les équipes de travail
  • dans les structures associatives ou les entreprises
  • dans la gestion de projets
  • et plus largement dans la vie quotidienne

Autrement dit, ce sont des questions universelles, qui concernent chacun, quel que soit son métier ou son environnement.

Cultiver son bien-être : une démarche concrète et progressive

Parler de bien-être ne revient pas à parler de détente ou de “lâcher prise” au sens vague du terme.

Il s’agit plutôt de porter attention à des éléments très concrets :

  • là où l’on met son énergie
  • là où l’on met son attention
  • ce que l’on choisit de porter… ou non
  • la manière dont on réagit aux situations

Cela ne se fait ni d’un coup, ni parfaitement.

Mais par ajustements successifs, au fil du quotidien.

Avec, en toile de fond, une idée simple :

Il n’est pas nécessaire d’attendre que ça aille mal pour commencer à cultiver son bien-être.

Pour aller plus loin

Ces sujets peuvent être explorés de différentes manières, selon les besoins :

  • en accompagnement individuel, pour travailler en profondeur sur sa propre situation
  • en collectif, pour faire évoluer des dynamiques d’équipe ou de groupe

L’objectif reste le même : revenir à quelque chose de concret, applicable, et utile dans le quotidien.

Si ces réflexions résonnent pour toi, il est possible d’en échanger plus en détail : contacte-moi

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